Juin 08 23

Version imprimable Le web 2.0 farce à dindon, réseau intelligent ou valorisation du moi ?

Maoiste, capitaliste, philosophique

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Plusieurs critiques sur le phénomène du 2.0 ont fait l’actualité des blogs ces derniers mois, renforcé par la sortie des livres comme celui du « culte de l’amateur » de Andrew Keene alors il me semblait intéressant d’ouvrir le débat sur B-R-Ent.

En premier lieu concernant ce livre, il m’apparaît comme une critique de l’ancien modèle que rassurait l’étiquette d’expert, le payant, le légitime officiel et pour qui Wikipédia constitue le summum du n’importe quoi mais avec un vernis de légitimité car partagé par tous, la démocrtie participative 2.0 en quelque sorte.

Wikipédia a eu ses problèmes et dérives mais son succès tant d’utilisation que de participation à son élaboration ne peut continuer à se faire sur du vide ou de l’imprécision, voire manipulation. Bien sûr sur les millions de données certaines peuvent prêter à interprétation mais la qualité globale du projet est indéniable n’en plaise aux amoureux de l’encyclopedia Universalis.

En revanche il est vrai que je suis un peu mal à l’aise à être à la fois sur un message souvent philosophique du web 2.0 des utilisateurs mais aussi des vendeurs de solution  pour une application à l’entreprise en interne ou externe. Le propre d’un vendeur de solutions c’est de vendre son produit et là où ça devient plus difficile, de parvenir à le vendre sur un marché ou le gratuit est devenu habituel donc félicitations à ceux qui y parviennent que ce soit pour les qualités intrinsèque de leur solution ou leur discours accrocheur.

Comme me le répondait dernièrement sarcastiquement ou avec humour l’un d’entre eux à mes interrogations, hé oui c’est incroyable nous vendons des licences de notre outil 2.0. En fait ils peuvent vendre et je les encourage même à vendre très cher leurs solutions pour s’éloigner justement de cette image d’amateurisme qui colle à ce Web 2.0. Plus c’est cher, plus ça doit être professionnel et donc rassurant pour tout une clientèle. Le gratuit est bien sur du faux gratuit car il faut compter sur l’accompagnement, packaging, suivi, et oublier l’assurance des solutions 2.0 propriétaires d’adapter leurs produits à vos besoins.

C’est tout à fait juste qu’un outil de qualité facilite la mise en place d’un projet de communauté, innovation, partage mettant en jeu le réseau social. Mais n’oublions pas que la loi est 20% de la réussite du projet réside dans l’outil et le reste dans l’accompagnement donc les coûts ne se limitent pas aux licences brutes et dans un cas ou un autre on vous vendra du projet pour vous aider à aller plus loin que la simple réussite de l’implémentation d’un outil web.

Un autre problème celui du buzz organisé par la blogosphère consciemment ou non et la possibilité de « tordre » la réalité mais sommes-nous très loin des pratiques du lobbying ? De toute manière les tendances du web avant les élections et les résultats après celles-ci devraient nous rendre assez humbles sur notre influence au final même si l’expérience malheureuse d’HSBC semble remonter ce pouvoir d’influence!

Le tout gratuit voila un beau cheval de Troie car ce qui est très ambivalent c’est le contrat entre la possibilité d’utiliser gratuitement des services et en échange donner accès à nos données personnelles car nous ne savons pas exactement ce qui va en être fait. Le fameux graph social et la bataille sur l’interopérabilité entre les différents réseaux sociaux sont le cœur du sujet. Mes données permettent d’enrichir des bases marketing pour mieux comprendre la segmentation des utilisateurs et pousser les bonnes offres commerciales. Du gratuit pour mieux placer du payant mais au final est-ce dérangeant ? Pour ma part non ! Un paragraphe serait d'ailleurs nécessaire sur la percée de skype et ses éventuelles  prise de marché sur les acteurs de telecoms habituels...

L’image est plus floue si je propose un journal dont le contenu est à 80% celui de contributeurs bénévoles et qui permet toute une source de revenues pour la plateforme avec en échange un peu de visibilité, notoriété pour l’écrivain « amateur ». L’ensemble des services de partage de vidéo, slides, documents répondent aux mêmes interrogations dont la réponse est souvent très individuelle. L'UGC doit-il être rémunéré ?

Enfin le web 2.0 est-il porteur d’une image que le collectif est plus intelligent que l’individuel à la manière du 1+1=3 et que les experts sont dépassés au profit de la masse?

Encore une fois Wikipédia revient sur le devant de la scène pour ses détracteurs et pourtant nombres de sites se sont ouverts aux commentaires, forums dédiés avec un effet puissant sur la qualité du contenu et donc l’impact de ces média et leur nombre de visites.

Je pense qu’il y a surtout une mauvaise interprétation en imaginant les contributeurs comme une foule d’anonymes, la foule est manipulable et son intelligence collective est souvent celle du plus faible de ses composants !

Le web 2.0 ne fonctionne pas avec la foule mais avec le réseau, paradigme bien différent et auquel on ne peut appliquer les mêmes  raisonnements car le nombre n’empêche pas l 'individualisme. L’usage marketing de la long tail le prouve. Les experts il y en a aussi dans le 2.0 mais c’est la communauté qui les choisi en votant pour eux, la qualité de leur réponse, ou en les citant. Ils ne sont pas désignés comme expert par une émanation divine et sans remise en cause.

L’un des derniers billets de Claude Malaison porte sur le développement de plateformes 2.0 de résolutions de problèmes bénévoles ou non d’ailleurs les ressorts étant ma réputation numérique ou mon portefeuille bien réel.

Ce billet va dépasser la longueur supportable au titre de ce genre exercice aussi je vous propose de vous donner la parole pour que grâce à vos commentaires j’améliore la qualité de celui-ci, mon classement technocrati, ma réputation web et mon réseau  ;-)

Commentaires

2.0, pis après?

Bonjour Vincent.

Internet et le Web 2.0 sont comme dans la "vraie" vie:  il existe des réseaux intelligents et des environnements où l'égocentrisme est à l'honneur.  En ce qui concerne la farce, ça ne dépend que d'eux...les dindons!  ;-) 

Pour bonifier la réflexion, que ça soit avant, pendant ou après le 2.0, ce n'est pas tant la gratuité qui est rentable dans l'Internet que la générosité des contributeurs à partager de la valeur.  Cette générosité devient payante par la synergie engendrée des échanges avec les intéressés qui réagissent à leurs propos/solutions et/ou qui veulent donner en retour.  En fait, rien n'est gratuit.  Les contributeurs investissent ce qu'ils ont de plus précieux et de plus limité:  leur temps.  De plus, ce n'est pas parce qu'ils le font bénévolement que leurs contributions n'ont pas de valeur. 

Je ne partage pas votre affirmation à l'effet que "l'intelligence collective est souvent celle du plus faible de ses composants !"   À certaines conditions, une synergie constructive et intelligente émerge généralement des environnements d'échanges collectifs.  Toutefois, un modèle de rétribution des co-contributeurs devra voir le jour afin d'assurer la pérennité de ces mêmes environnements et d'attirer( et de conserver) des co-contributeurs experts.  En passant, considérez-vous que les mots expertise et popularité sont des synonymes dans le merveilleux univers 2.0?  Dans le même élan, est-ce toujours le meilleur produit qui obtient le meilleur succès commercial?

En matière de gratuité, la question intéressante à se poser serait: les contributeurs de plateformes 2.0 doivent-ils céder automatiquement la propriété de leurs données dans l'Internet?  À titre d'exemple uniquement, est-ce que le fait de partager un commentaire dans votre environnement constitue une cession automatique de la propriété intellectuelle des idées développées par les commentateurs et qui pourraient potentiellement vous servir économiquement dans l'édition d'un livre sur le sujet?   

Dans le même esprit et en référence aux termes et conditions de Facebook (combien les ont lues au complet avant de s'inscrire?), est-ce logique que son fondateur détienne un droit d'usage absolu et mondial sur le contenu généré par des millions de contributeurs uniquement parce qu'il mis en place une plateforme d'échanges?  Je crois que c'est absurde.  

Les développeurs d'applications dans les "nuages" (cloud) devront adresser ces questions pour se démarquer. À l’instar du monde des affaires traditionnelles, l'intégrité et la propriété des données constituent des enjeux stratégiques pour le positionnement à long terme des modèles d'affaires dans l'Internet.  Pour faire un "coup d'argent" rapide, c'est une toute autre histoire...

Salutations cordiales à vous et à Claude également au passage.





 

 


Luc Gendron | Le Mardi 24/06/2008 à 23:15 | [^] | Répondre

Le débat continue en attendant le front de libération des dindons!

Vincent

Sur le fond nous sommes d’accord et le fait d’avoir sorti une citation de son contexte amène à un contre sens. En effet j’ai bien dit Je pense qu’il y a surtout une mauvaise interprétation en imaginant les contributeurs comme une foule d’anonymes, la foule est manipulable et son intelligence collective est souvent celle du plus faible de ses composants !

La foule de par les règles de la proxémique, du conformisme social est plus proche du fonctionnement du troupeau que de la ruche ! Je ne résiste pas à faire une citation pour appuyer cette remarque :

Par le fait seul qu’il fait partie de la foule, l’homme descend donc plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation. Isolé, c’était peut-être un individu cultivé, en foule c’est un instinctif, par conséquent un barbare. » Le Bon, 1895/1985

Alors que justement avec le 2.0 on donne au contraire possibilité d’être foule tout en restant individuel et donc de parvenir à la résolution de problèmes ou de l’innovation plus facilement.

La gratuité des contenus produits par les utilisateurs est-elle une manipulation des responsables des différentes plateformes ? Pour prendre l’exemple de Brent que devient votre contenu ?

En premier lieu ce contenu est libre, tout le monde peut y accéder et le réutiliser en citant ses sources ou non malheureusement. Notre but étant de le développement des usages du web cela nous convient parfaitement si nos idées passent ce simple support. Pour continuer si nous devions écrire un livre (d’ailleurs je vous conseille celui là :-) à partir de notre expérience sur Brent, les commentaires nous aideraient au même titre que des échanges lors d’une conférence, d’un yulbiz ou autre pour affiner nos propos. Mais nous ne pourrions réutiliser textuellement certains commentaires qu’en citant les auteurs par simple éthique déjà.

Du point de vue de la légalité je vois mal en quoi facebook est attaquable, vous utilisez ses services que si vous signez ses clauses comme d’ailleurs, youtube, ning ou plein d’autres.

En revanche j’aimerai savoir ce qui se passe si vous avez du contenu protégé sur ces plateformes et que celles-ci passent dans le grand public ?

J’aime beaucoup votre question sur l’expertise 2.0 n’est elle que de la popularité.

Un vrai challenge, comme je le disais on peut tordre la blogosphère et monter en flèche quelques personnes maintenant sur le long terme je n’y crois pas.

De plus une certaine régulation se met en place avec la possibilité d’évaluer les commentaires, idées des contributeurs qui réduit un peu cette tendance lourde j’en conviens.En tout cas merci encore pour ces questions sur le modèle du 2.0, social, opportuniste ou gadget…

 


Vincent | Le Mercredi 25/06/2008 à 11:09 | [^] | Répondre

Re: Le débat continue en attendant le front de libération des dindons!

Effectivement, la citation prise hors contexte ne traduit pas l'essence du message.  Je crois qu'il faille distinguer une "foule" qui se trouve à un endroit et qui regroupe des individus ayant chacun un objectif personnel sans de véritables interactions vs une "foule" de contributeurs passionnés d'un sujet et souhaitant le bonifier collectivement par de multiples interactions.  Dans ce dernier cas, je ne crois pas que l'intelligence collective de cette "foule" soit celle du plus faible de ses composants.  La distinction entre ces deux types de "foules" provient essentiellement de la nature même de l'environnement qui les rassemblent:  un stade de foot vs une encyclopédie en ligne.

Quant à Facebook (et tout autres plateformes 2.0), les individus ont toujours le choix de ne pas y adhérer si les termes et conditions (qu'ils ne lisent généralement pas pour la majorité) ne les conviennent pas.  Cependant, ce sera intéressant de suivre comment la jurisprudence de chaque pays établira l'étendue de l'application d'une convention automatiquement établie aux États-Unis. 

Le contenu est-il vraiment libre ou est-ce une simple affirmation des évangélistes du 2.0?  Le contenu d'un livre n'est-il pas la propriété intellectuelle de l'auteur?  Pourquoi en serait-il autrement simplement en changeant de support?  Les mash-ups ne sont-ils pas des violations de droits abandonnés par les auteurs car, je suppose, trop compliqués($$$) à défendre?  Pour un environnement naturellement international comme Internet, les législateurs ont de la difficulté à protéger les auteurs de contenus rayonnant partout.  Ils cherchent plutôt à encadrer les "transporteurs" ayant un pied-à-terre chez eux;  c'est plus simple pour eux.

Concernant le développement d'un mode de rétribution des dindons contributeurs à la valeur d'un environnement 2.0, comment voyez-vous la chose?

 


Luc Gendron | Le Mercredi 25/06/2008 à 14:55 | [^] | Répondre

Re: Le débat continue en attendant le front de libération des dindons!

Vincent Je fait une différence fondamentale entre participation, contribution,coopération et collaboration. Ces niveaux sont une implication graduelle et à la limite se termine par l'externalisation que l'on trouve de plus en plus sur certaines plateformes qui sont de véritables places de marché.

Je n'ai pas de réponses toute faite à la rétribution des contributions qui ne peut s'envisager que si vraiment il y a une plus value pour la plateforme qui se traduit en monétisation au bout du compte de son côté par la simple utilisation, mise en valeur des contributions reçues gratuitement.

Mais mêm là la question demeure complexe, ainsi on vous propose une plateforme pour donner votre avis sur un produit et proposer des améliorations. D'un côté vous permettez à son propriétaire de développer un produit plus performant, mieux ciblé et donc d'accroitre ses ventes mais de l'autre vous avez aussi un produit qui correspondra mieux à vos attentes... On le voit la ligne de partage est subjective.

Je vois que sur le reste nous nous sommes rejoints :-)

 


Vincent | Le Mercredi 25/06/2008 à 20:43 | [^] | Répondre

Re: Le débat continue en attendant le front de libération des dindons!

En lien avec mon premier commentaire, j'écoutais des chansons de Culture Club hier (ça va révéler mon âge...).  Au début de "Do you really want to hurt me?", on dit:  "Popularity brings content".  Je me suis dit: bon, un autre qui veut mettre son grain de sel. ;-)  Bonne journée!

 


Luc Gendron | Le Lundi 30/06/2008 à 14:54 | [^] | Répondre

Un reflet venu du quebec

Vincent Claude vient de publier un echo de cet article sur son blog

Mini-crise existentielle Web 2.0 à l’ère du «petaoctet»…

http://emergenceweb.com/blog/?p=463

Marrant comme on peut être proche parfois si loin.......

Bon ce soir un billet plus positif sur cette idée de faire du 2.0 autre chose qu'une machine à illusion et à pognon!

 


Vincent | Le Jeudi 26/06/2008 à 13:41 | [^] | Répondre