"Le nouveau dialogue" des syndicats se tiendra sur le Web
Interview de Carole Couvert
Mots-clés : syndicat, carole couvert, CFE-CGC, dialogue social
Les organisations syndicales ne cessent de perdre de leur influence en France et les taux de syndication de baisser. Les dernières manifestations montrent l’essoufflement des anciens modes d’actions et posent la question du renouveau du dialogue social ainsi que de sa modernisation ?
Dans ce contexte j’ai été fortement intéressé par les dernières initiatives de la CFE-CGC et demandé à sa secrétaire générale si elle acceptait de répondre à quelques questions sur cette problématique d’actualité, ce qu’elle a accepté avec réactivité et simplicité.
Nous-nous sommes donc retrouvés sur le parvis de Gare de Lyon ou Carole Couvert accompagné d’une petite dizaine de militants de la CFE-CGC distribuait des invitations à venir se connecter sur leur nouveau site.
L’accueil des passants étaient plutôt froid au début mais souvent intéressé ensuite par cette démarche de proximité d’un syndicat, reste à savoir comment cela se traduira en terme de fréquentation du site.
Carole Couvert vous êtes la secrétaire générale de la CFE-CGC depuis 2010 et portez les nouvelles ambitions de votre organisation au travers de proposition ou d’actions innovantes dont la dernière est une campagne intitulée "Ensemble, redonnons du sens !".
Carole Couvert pouvez-vous nous préciser en quelques mots l’ambition de cette opération ?
Avec l' opération "Nouveau Dialogue", l'objectif, pour la CFE-CGC, est de revenir à des fondamentaux en redonnant la parole à chacune et à chacun d'entre nous. D'être une confédération de proximité, active et réactive.
Fidèle à notre syndicalisme de propositions depuis plus de 60 ans, nous souhaitons interpeller les candidats à l'élection présidentielle, non pas à dire d'experts, mais à partir des préoccupations, des inquiétudes, des attentes et des propositions de toutes les personnes qui vont nous répondre.
Nous avons donc ouvert un site internet www.nouveaudialogue.com sur lequel chacune et chacun peut venir nous faire part, non seulement, de ses inquiétudes, ses préoccupations par rapport à son entreprise (ou la fonction publique dans laquelle il travaille) et la situation économique actuelle mais aussi de ses propositions afin de relancer la croissance, l'emploi local et durable, ainsi que le pouvoir d'achat.
Ce site internet a été crée en partenariat avec ODIS (Observatoire du Dialogue et de l'Intelligence Sociale) afin de garantir un traitement confidentiel des réponses.
Étudiant, salarié, encadrant ou non, adhérent ou non à la CFE-CGC, chef d'entreprise, commerçant, profession libérale, retraité... Chacune, chacun peut venir compléter son questionnaire, nous donner son avis et ses propositions.
La CFE-CGC se fera le porte-parole de toutes ces propositions.
Pourquoi lier cette démarche à la prochaine éléction présidentielle ?
Il s'agit pour nous d'offrir à chacune et à chacun une occasion unique d'expression avant une échéance qui engage notre pays pour les cinq prochaines années.
La CFE-CGC propose à tous ceux qui ont envie d'agir et de ne pas subir, de venir s'exprimer !
A tous ceux qui sont usés par des manifestations qui ne débouchent sur rien, de nous faire part de leurs attentes et propositions !
De l'étudiant au retraité, chacune, chacun peut avec la CFE-CGC faire entendre sa voix !
Aujourd'hui nous courons tous et nous n'avons plus d'occasion d'échanges.
La mise en place des 35h, l'augmentation de productivité qui en a découlée et aujourd'hui un contexte de crise mondiale financière, économique et sociale sans précédent, font que dans bon nombre d'entreprises et dans les 3 fonctions publiques, la priorité est donnée aux ratios financiers. C'est pour la CFE-CGC est une erreur stratégique !
Les femmes et les hommes de l'entreprise sont un capital précieux, qu'il s'agit de préserver et de développer.
Aujourd'hui l'encadrement est soumis non seulement à des cadences infernales mais aussi aux demandes contradictoires de la direction et des actionnaires d'un côté et de l'ensemble des salariés et des prestataires de l'autre.
Dans un univers en mouvance permanente, nos politiques sont plus en réaction qu'en anticipation.
La crise est également une aubaine pour certains patrons indélicats, qui l'utilisent comme alibi pour des plans sociaux ou des fermetures de sites.
C'est pour toutes ces raisons que nous mettons à disposition le site www.nouveaudialogue.com jusqu'au 31 décembre 2011.
On vous sent convaincu par votre rôle d’intermédiaire entre les salariés et les dirigeants qu’ils soient d’entreprise ou politiques mais au-delà du coup médiatique à quoi va vraiment servir ce site ?
A partir de toutes les réponses que nous aurons recueillies, nous bâtirons plusieurs choses :
Tout d'abord, un nouveau pacte républicain que nous soumettrons aux candidats à l'élection présidentielle.
Ensuite, nous allons réaliser un livret à partir des témoignages qui nous aurons été transmis sur www.nouveaudialogue.com afin de diffuser très largement les bonnes pratiques.
Enfin, nous organiserons une grande tournée des régions en 2012 avec 13 étapes au cours du premier semestre (toutes les dates et les villes sont sur notre site internet www.cfecgc.org). Nous allons à cette occasion creuser certains thèmes sous forme de pièce de théâtre interactive.
Voilà, l'opération "Nouveau Dialogue" est pour la CFE-CGC le début d'une longue aventure participative. Ce n'est pas un changement de postures puisque nous sommes toujours sur une logique de syndicalisme de propositions (et nous mettons toujours au même niveau l'intérêt des salariés et celui des entreprises afin d'être sur une logique de développement durable). C'est un changement de mode d'actions. Cela demande une certaine audace et du temps. Car toute démocratie participative nécessite davantage de temps. Mais c'est le pari que nous faisons et le défi que nous relevons.
N'y a-t-il pas un paradoxe à s'adresser à une communauté réactive, habitué au participatif et aux échanges courts en lui demandant de répondre à 200 questions et en y consacrant plus d'une heure ?
En nous lançant dans l'aventure du participatif, nous avions deux options, un questionnaire court ou un plus développé.
Avantage du questionnaire court, il est facile à remplir donc génère de nombreux retours. Inconvénient, nous n'en retirons pas grand chose.
Avantage du questionnaire plus développé, chacune et chacun peut nous faire part d'exemples, illustrer son propos, nous faire des propositions. Inconvénient, il est plus long à remplir donc demande un investissement de la personne qui nous répond.
Et bien c'est ce pari que nous avons fait.
Pour la petite histoire, nous avons bâti le questionnaire avec l'ensemble de nos structures : fédération professionnelles et unions territoriale. Après ce premier tour de piste, nous étions arrivés à plus de 400 questions ! Nous avons donc refait tout un travail pour alléger et arriver à un questionnaire cohérent, mélangeant les questions fermées et ouvertes. Nous avons également ouvert la possibilité de s'enregistrer sur le site www.nouveaudialogue.com afin de compléter le questionnaire en plusieurs fois.
Au final, ce sont quelques 200 questions qui sont soumises aux internautes.
Comment percevez vous le risque de "court-circuit que peut représenter l'utilisation du 2.0. ?
Je ne vois pas le 2.0. comme un court-circuit mais bien au contraire comme une belle opportunité.
C'est, de mon point de vue, un chance extraordinaire de contacts permanents et interactifs avec l'ensemble des personnes que nous représentons au quotidien.
Pourtant les salariés peuvent s’adresser directement à leur N+2 ou N+3 voire leur employeur sans passer par le management ou les représentants syndicaux et ainsi se retrouver en ligne directe en remettant en cause au passage le rôle habituel de ces corps intermédiaires.
D'un autre côté, ce nouveau véhicule de communication est -il une opportunité de renouvellement du dialogue social selon vous ?
De tout temps et indépendamment du web 2.0., les salariés ont pu accéder directement à leur N+2 ou N+3 sans passer par le management ou les représentants syndicaux. Le courriel par exemple offre cette possibilité.
Pour moi, là n'est pas la question. Il faut plutôt se demander quel dialogue social nous voulons demain, quel est le rôle et quelle utilité des syndicats en France.
On nous compare souvent avec les pays nordiques, en nous disant en France avec 6% de syndiqués, vous ne représentez rien. On oublie généralement de dire que dans les pays nordiques où le taux de syndicalisation frôle les 80%, il faut être adhérent à un syndicat pour bénéficier de l'assurance chômage... Cela change légèrement la donne !
En France, adhérez à un syndicat c'est un acte citoyen.
J'ai adhéré à la CFE-CGC parce que j'avais envie d'agir et non de subir, parce que la CFE-CGC pratique un syndicalisme de propositions, parce qu'elle met au même niveau les intérêts des salariés et ceux des entreprises (du secteur privé et du public). Je me retrouvais dans son mode d'action : négocier, concilier, proposer et pas la contestation facile et stérile. Et enfin la dernière chose qui m'a fait opter pour la CFE-CGC, c'est le fait qu'elle soit indépendante de tout parti politique.
Aujourd'hui avec l'opération "Nouveau Dialogue" c'est un nouveau mode de syndicalisme qui fait son apparition, plus à l'écoute, plus proche et plus réactif.
Il est d'ailleurs très intéressant de voir qu'à ce stade 30% des répondants à notre questionnaire sur www.nouveaudialogue.com ne sont pas adhérents à la CFE-CGC ! C'est d'ores et déjà une belle réussite ! Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont déjà répondu et j'invite tous les autres à y aller avant le 31 décembre 2011.
La participation démocratique est au cœur du 2.0, on parle souvent de l'éloignement du terrain pour caractériser la vie des organisations syndicales,
Comment voyez vous cette cohabitation ?
La démocratie participative ne se décrète pas, elle se vit et c'est la base de l'opération "Nouveau Dialogue". Donc pour moi, la cohabitation est naturelle et évidente.
Envisagez-vous de vous appuyer sur les réseaux sociaux pour dynamiser les séances de négociations que ce soit avec les employeurs, au niveau des branches ou au niveau national ?
Oui bien sûr, les réseaux sociaux font partis de notre syndicalisme depuis leur apparition.
Cela nous semblait naturel. Nous sommes sur Facebook, twitter... Que ce soit la confédération ou les élus à titre individuel.
C'est une nouvelle forme de syndicalisme, là aussi plus proche, plus réactive.
C'est cette philosophie qui nous a amené à mettre en place l'opération "Nouveau Dialogue" pour aller encore plus loin dans l'échange avec les internautes.
Conclusion
Comme vous le voyez les organisations syndicales commencent à se positionner sur ces nouveaux usages mais avec une certaine prudence voir décalage. En effet on peut se poser la question de Pourquoi ne pas avoir été au bout de la démarche et mis en place une véritable plateforme participative.
« le nouveau dialogue » est limité pour l’instant à une partie du type cahier de doléance sans interaction mais à cette question la CFE-CGC ne nous a pas apporté de réponse….
Bertrand
| Le Jeudi 08/12/2011 à 00:21
| ![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)
C'est un risque en effet mais c'est aussi peut-être une volonté de retrouver des moyens de pouvoir être en phase avec les salariés et la société française sur ce qu'ils attendent des syndicats.

Je trouve que c'est une grande chance d'avoir cet échange sur B-R-Ent. Souvent nous avons parlé de nouveau contrat social. C'est une réalité! Dans une autre entreprise, un autre dialogue social. Les syndicats sont aussi obligé de se trouver leur avenir.




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