Distance hiérarchique et expression des salariés dans l’entreprise
Nos lecteurs et lectrices sont formidables
Mots-clés : socio dynamique, socioperformance, organisation 2.0, rh
Parfois on a des commentaires qui sont meilleurs que nos billets et c'est une preuve de la qualité des échanges autour de Brent, parfois on a des commentaires qui sont de vrais articles ! Alors voila celui de Valérie à propos de la série d'articles sur la socio dynamique qui méritait bien cette mise en avant. Si vous aussi vous voulez prendre la parole de façon plus compléte qu'un simple commentaire, n'hésitez pas à nous soumettre un article.
Distance hiérarchique et expression des salariés dans l’entreprise
Les échanges en réseau d’idées, de bonnes pratiques peinent à émerger dans nos entreprises françaises.
La formalisation et la diffusion de point de vue, d’analyses, d’expériences innovantes supposent une liberté d’expression qui n’est culturellement pas de mise dans nos univers de travail.
Les salariés s’auto censurent.
Dès leur plus jeune âge, les petits français adoptent des comportements de soumission encouragés par leurs parents, leurs enseignants puis lorsqu’ils deviennent adultes leurs supérieurs hiérarchiques.
S’exprimer librement sur un forum suppose une prise de parole aux yeux de tous qui s’apparente à une prise de pouvoir ou à une volonté de prise de pouvoir.
Cette posture d’affirmation du point de vue par la parole ou par l’écrit aux yeux de tous (hors cadre maîtrisé[1] par celui qui parle) est marginale.
Le parlant s’expose et a intégré tout au long de son existence au travers les institutions qu’il a fréquenté (famille, écoles, lieu de travail) que cette exposition peut lui être « fatale ».
La prise de parole, la prise de pouvoir comporte un risque, celui du jugement…donc celui de la condamnation….
Notre société française se caractérise en effet par ce que Geert HOFSTEDE[2]> nomme un indice de distance hiérarchique fort.
Selon lui la distance hiérarchique peut être définie comme le degré d’inégalité attendu et accepté par les individus. La distance hiérarchique est donc mesurée à partir des systèmes de valeur de ceux qui ont le moins de pouvoir. La répartition du pouvoir est également expliquée à partir du comportement de ceux qui ont le plus de pouvoir, des leaders plutôt que des suiveurs. L'autorité ne se maintient que si elle rencontre la soumission; la fonction d'encadrement n'existe que comme complément à une situation de subordination.
Dans les sociétés qui ont un indice de distance hiérarchique élevé, les enfants doivent obéir aux parents, les plus jeunes aux plus grands.
L'indépendance n'est pas encouragée
Dans un contexte de faible distance hiérarchique, les enfants sont considérés comme les égaux dès qu'ils sont capables d'agir ; l'éducation des parents a pour objectif de laisser l'enfant prendre le contrôle de ses propres affaires, à faire ses propres expériences et à dire non. Quand les enfants grandissent, ils remplacent la relation parent - enfant par une relation d'égalité. Les familles ont un idéal d'indépendance personnelle, importante composante de la programmation mentale des adultes.
L’école contribue à la programmation mentale de l'enfant et on peut se demander jusqu'à quel point le système éducatif peut contribuer à modifier une société. La relation bilatérale "Professeur - Elève" remplace alors la relation "Parent – Enfant".
Dans un contexte à forte distance hiérarchique, l'inégalité Parent - Enfant est perpétuée par l'inégalité Professeur- Elève qui répond au besoin de dépendance enraciné dans l'esprit de l'élève. Dans ce contexte, la qualité des acquisitions dépend presque exclusivement de l'excellence des professeurs.
Dans un contexte à faible distance hiérarchique, le processus d'éducation est orienté vers les élèves, qui discutent avec les professeurs, expriment leur désaccord et ne leur témoignent pas de respect particulier en dehors de l'école. La qualité des acquisitions dépend dans une très large mesure de l'excellence des élèves.
Les châtiments corporels sont plus tolérés dans les cultures à distance hiérarchique importante car ils accentuent et symbolisent l'inégalité entre enseignant et élève, tandis qu'ils sont considérés comme mauvais traitement à enfant dans les pays à faible IDH. Dans certaines cultures à faible distance hiérarchique, mais forte masculinité, comme la Grande Bretagne, le châtiment corporel ne soulève pas une indignation unanime.
Dans le cadre de pays à forte distance hiérarchique les supérieurs et les subordonnés se considèrent comme inégaux par nature dans un système fondé sur une inégalité existentielle. Les relations entre subordonnés et supérieurs sont souvent chargées d'affectivité.
La condamnation que j’évoquais plus haut prend alors tous son sens…
Tant que notre société aura un IDH fort, il est peu probable que les salariés s’expriment librement.
[2] Geert HOFSTEDE est un psychologue néerlandais né en 1928. Il a été inspiré par le culturalisme « la culture est la manière de penser, de sentir et de réagir d'un groupe humain, surtout acquise et transmise par des symboles, et qui représente son identité spécifique: elle inclut les objets concrets produits par le groupe. Le cœur de la culture est constitué d'idées traditionnelles et des valeurs qui lui sont attachées » il est l’auteur notamment de "Vivre dans un monde interculturel"Les éditions d'organisation. 1994. L'auteur aborde aussi, entre autres ... dans cet ouvrage le rapport "culturel" que les individus entretiennent avec l'incertitude
Ce qui change peut-être actuellement c'est l'effet des réseaux sociaux sur ce système hiérachique et d'obéissance/soumission. Une façon de sortir de ce cadre trop lourd, trop vieux...
![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)
Je ne voulais pas réduire votre commentaire à cette vision. En tout cas, merci encore.





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